Un bio-épurateur pour la réduction des pesticides dans l’agriculture

par Boris Chassagne

Un bio-épurateur novateur aurait la capacité de réduire jusqu’à 70% la présence des pesticides que l’on retrouve dans les eaux de rinçage des exploitations agricoles.

Ce bio-épurateur pour auto-constructeur semble si prometteur, que Centre de R&D de Saint-Jean-sur-Richelieu en fera la démonstration dès ce printemps sur sa ferme expérimentale de Frelighsburg en Montérégie.

 

Filtrer jusqu’à 70% des pesticides

Le bio-épurateur ne filtre pas bien sûr tous les contaminants qui se retrouvent dans les cultures traitées aux pesticides. Ce bio-épurateur expérimental cible cependant les instruments de pulvérisation et de rinçage dans les aires de manutention des pesticides, soit l’endroit où la concentration de pesticides est la plus élevée.

 

Selon des études menées en Europe, les instruments de pulvérisation et de rinçage dans les aires de manutention seraient responsables de 70% des contaminants et pesticides qui s’échappent dans les cours d’eau, nappes phréatiques et les sols.

 

Une solution peu coûteuse, prometteuse pour les agriculteurs

Les bio-épurateurs sont des structures de filtration d’aspect cubique, conçues pour retirer les pesticides des eaux de rinçage du pulvérisateur en les faisant s’égoutter à travers des couches d’un mélange organique, fait de copeaux de bois ou de paille, de tourbe, de compost et de terre végétale. Ce mélange absorbe les eaux de rinçage et devient un milieu idéal pour les microorganismes qui s’alimentent, eh oui, de pesticides! Après avoir traversé le bio-épurateur, les eaux de rinçage s’égouttent sous forme d’eau propre.

 

Idéal pour les vergers et productions vinicoles

C’est ce que nous dit Claudia Sheedy, chercheuse scientifique au Centre de recherche et de développement de Lethbridge d’Agriculture et Agroalimentaire Canada que nous avons jointe en Alberta. Les vergers et vignobles demandent une quantité importante de pesticides et plusieurs épandages en cours de saison, nous dit madame Sheedy. Le bio-épurateur y serait très performant.

 

Ici, un bio-épurateur prêt à être utilisé

 

Un prototype à Frelighsburg ce printemps

Pour Claudia Sheedy, ce nouvel outil de purification représente une solution peu coûteuse et facile à implanter pour les agriculteurs qui cherchent des manières originales et peu onéreuses d’améliorer leur performance environnementale. Le tout, pour moins de 15 000 $ en formule auto-constructeur.

 

 

« Nous travaillons directement avec des producteurs pour construire les bio-épurateurs, car la reconnaissance de leur valeur croit rapidement » précise Claudia Sheedy qui se rendra d’ailleurs à Frelighsburg en avril 2019, pour construire le premier exemplaire québécois de ce bio-épurateur. Elle espère qu’il sera en fonction dès le mois de mai 2019. Le but du projet de Frelighsburg est de recueillir les impressions des producteurs agricoles « d’inviter les producteurs à venir sur le site, à poser des questions. En fin de compte, si le bio-épurateur n’est pas pratique pour les producteurs, il ne sera pas adopté. C’est important d’avoir leurs commentaires pour peaufiner le système et l’adapter à différents types de cultures » de dire Claudia Sheedy.

 

Des prototypes en place

Plusieurs prototypes sont en place à travers le pays, dont trois en Alberta et deux en Saskatchewan. La Colombie-Britannique et le Québec auront donc les leurs sous peu.

« L’intérêt est là. On aimerait promouvoir un modèle canadien » ajoute Claudia Sheedy.

 

L’intérêt est si manifeste qu’un webinaire diffusé en ligne l’an dernier a attiré pas moins de 160 participants, dont des représentants de l’industrie, des producteurs, des associations de producteurs et des représentants de gouvernements. Claudia Sheedy souhaite en monter un second, en français dans un avenir rapproché.

 

Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a publié un manuel de construction, d’utilisation et d’entretien de bio-épurateurs intitulé : « Bio-épurateur polyvalent pour la gestion des eaux de rinçage des pesticides dans les conditions canadiennes ». Il est gratuit et fait une quarantaine de pages.

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