L’expérience « album »

On le sait tous maintenant. L’industrie du disque est loin d’être ce qu’elle a déjà été. D’une certaine manière, je serais porté à dire même qu’il s’agit d’un retour à l’époque précédant la venue des albums. Les artistes créaient des chansons, sans plus. Elles étaient endisquées et par la suite, on mettait sur le marché des compilations. C’est vers le milieu des années soixante que le format est devenu vraiment populaire avec l’arrivée des Beatles et les Rolling Stones qui nous offraient des joyaux comme « Revolver » ou « Aftermath ». Avec l’avènement de la musique en format numérique, le concept de l’album, dans le sens classique du terme semble vouloir mourir à petit feu.

N’empêche, moi, je suis un de ceux qui résistent, avec fierté d’ailleurs, au soi-disant « modernisme » du numérique. Voyez-vous, je suis encore un amoureux du produit physique. Tellement que par inattention, j’ai acheté à nouveau l’album « Beggars’ Banquet » des Rolling Stones il y a quelques jours. Il s’agit ici d’une réédition cinquantième anniversaire avec un son remasterisé, mais tout de même, j’avais déjà cet album en édition qui était déjà remasterisée aussi en 2002 !

Certains d’entre vous peuvent se demander pourquoi tant de passion pour un objet qui au fond, n’est qu’un support contenant de la musique, ou des films. La raison est fort simple. L’expérience. Je m’explique. Très jeune, me procurer un album, avec mon propre argent était un événement en soi. Le plaisir d’aller chercher celui-ci en magasin, me demander de quoi aurait l’air la pochette (c’était avant internet, je vous rappelle…) et, de surcroit, faire d’autres trouvailles en magasin. Le plaisir de « fouiner » dans ces boutiques en est un qui ne peut se trouver en ligne, pas même sur les sites qui vendent des produits physiques.

Ensuite, après avoir fait l’achat dudit album, venait le temps de l’audition de celui-ci. Quel plaisir, surtout à l’époque du vinyle, de faire de belles trouvailles comme des posters ou encore, des livrets contenant des photos et autres items intéressants. Lorsque l’album passait le test, autrement dit, qu’il répondait à nos attentes, eh bien, celui-ci devenait un classique. En ce qui me concerne, jamais l’écoute numérique ne pourra offrir ce même agrément.

Quels bons souvenirs pour moi à l’époque de me procurer l’album de Motley Crue « Shout at the Devil » avec sa pochette qui s’ouvrait en deux

 

avec les photos des 4 membres devant des murs de feu. Ou encore, les super pochettes d’Iron Maiden créées par l’artiste Derek Riggs. Que dire de la pochette « Live after death » qui est une véritable œuvre d’art. Il y eut une époque où le contenant était tout aussi important que le contenu. Résultat : de la créativité en plein essor. Je pense entre autres à l’album « School’s out » d’Alice Cooper avec la pochette qui s’ouvre comme un pupitre d’école ou, plus près de chez nous, le premier album d’Offenbach, « Offenbach Soap Opera », avec sa pochette qui peut être transformée en boite à savon.

On peut se demander à quoi sert tout cela, puisque c’est la musique qui prime avant tout. Encore une fois, selon moi, c’est le côté créativité. Il est évident que si la qualité de la musique ne cadre pas avec celle de la créativité de l’emballage, celui-ci ne vaut rien. Par contre, quand les deux sont au rendez-vous, c’est le meilleur des deux mondes.

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