Lettre à mon chien anxieux

« Mon cher chien anxieux, comme tu as pu t’en apercevoir dans les dernières années, le langage canin n’est pas tout à fait comme celui des humains. Nous essayons tant bien que mal de comprendre certains comportements mais nous devons nous y résoudre, on ne parle pas la même langue.

Cependant, grâce à l’aide de personnes spécialisées, j’ai décidé de m’attarder à comprendre les signaux que tu m’envoies plutôt que de simplement t’imposer les miens. J’ai appris à reconnaître les signes d’anxiété, à les comprendre et à mieux les prévenir. J’ai été étonnée par la complexité du cerveau, par la complexité de l’anxiété, mais surtout, je me suis trouvée attristée de t’avoir laissé vivre ton anxiété seul sans avoir tenté d’apaiser tes symptômes pour t’aider à te sentir mieux. L’anxiété, tu vois, c’est « ben à la mode » ; les humains sont comme ça, ils ignorent certaines (voire beaucoup) de choses et lorsqu’ils les comprennent, ils les voient soudainement partout. Quand je dis que c’est la mode, ce n’est pas parce que c’est une idée conçue pour faire « cute », non. C’est bien réel ; réel et omniprésent. Il y a une panoplie de facteurs qui expliquent cette recrudescence anxieuse qui nous assomme nous, citoyens des pays aux valeurs capitalistes de performance et de consommation. »

Qu’est-ce que l’anxiété ? Ce mal de la décennie actuelle, qui tend à se prolonger sur la prochaine. Comment distinguer la peur du stress, et le stress de l’anxiété ?

La peur, on dit que c’est une des 4 (certains auteurs diront 6, ou même 8) émotions de base des êtres vivants, essentiels à leur survie. Oui, oui, les animaux ont des émotions. (On vous invite à vous référer à la Loi visant le bien-être et la sécurité de l’animal, laquelle considère les animaux comme des êtres doués de sensibilité). Ainsi, l’animal doit ressentir la peur, cette émotion innée et spontanée afin de mettre en marche des stratégies de défenses et de survie. Cette peur est donc une réaction normale, spontanée et instinctive vis-à-vis un danger réel menaçant potentiellement l’intégrité physique, donc la survie de l’espèce. Le stress, tout comme la peur, est une réaction en lien direct avec la réalité immédiate. C’est une réaction de l’organisme, qui crée un inconfort physique en lien avec un événement réel, événement ne menaçant pas l’intégrité physique, mais tout de même perturbant l’état normal de l’être (une situation nouvelle, un groupe d’inconnus, une entrevue, un examen, etc.).

En psychopathologie, on différencie l’anxiété du stress selon différentes composantes. Entre autres, l’anxiété serait, la plupart du temps, liée à l’anticipation des conséquences d’un événement, contrairement au stress qui comme on le disait, est associé avec un événement réel et immédiat. Ensuite, l’anxiété se distingue par le degré d’intensité du malaise physique devenant rapidement intolérable, contrairement au stress qui crée quant à lui un inconfort par ses réactions physiologiques (sudation, légère augmentation du rythme cardiaque, etc.). Puis, on différencie l’anxiété du stress par les effets sur le fonctionnement global de l’individu affecté qui, s’il souffre d’anxiété, ressentira notamment les impacts sur l’alimentation, le sommeil, le fonctionnement social, professionnel, etc.

Qu’on parle ici d’anxiété vécue par un être humain ou par un chien, les impacts n’en diffèrent pas moins. L’anticipation d’un événement et des impacts négatifs plongent l’individu dans un tourbillon d’où il est bien difficile de sortir. Pour nous, bipèdes dotés de certaines connaissances, d’indépendance et de beaucoup de ressources ; les sciences humaines et cognitives peuvent nous aider à comprendre nos comportements, nos pensées et ainsi nous permettre, avec l’aide de professionnels, de mettre en pratique différentes méthodes et stratégies afin de mieux gérer nos démons et les sources de notre anxiété. Nous pouvons apprendre à mieux ressentir les débuts de nos angoisses, prendre de grandes respirations, faire de la visualisation, de la méditation, du yoga, de la course à pieds, de la marche en montagne, des thérapies, etc. Nous pouvons aussi aller chercher l’aide professionnelle nécessaire pour retrouver un état de bien-être. Aide psychologique ou médicale, car l’une n’exclut pas l’autre.

« Mais mon chien, après toutes ces années de recherches, d’apprentissages et d’enseignement, ce que j’ai compris en comparant la situation d’un humain anxieux avec celle d’un chien anxieux comme toi, c’est que toi, on t’a fait afin que tu sois dépendant (de moi ou d’un autre bipède qui voudra un compagnon canin de ton espèce). On a manipulé ta génétique afin d’avoir, selon notre convenance, un chien sur mesure, du style « maison préfabriquée » afin de correspondre à nos goûts, plus qu’à nos besoins. Et tu vois, des chercheurs ont découvert qu’en jouant avec la génétique des animaux, on ne sélectionne pas uniquement une couleur ou une taille, on manipule aussi leur tempérament. Et vice-versa. Alors tu vois, non seulement le mode de vie que je te propose ne correspond pas toujours à tes besoins, mais en plus, les bipèdes avant moi ont mal géré ton arbre généalogique…

Tu as longtemps, à ta manière, essayé de me partager tes malaises et ton besoin d’aide. De mon côté, je n’ai pas toujours su comprendre et respecter les signaux que tu m’envoyais. Ta trop grande vigilance dans les nouveaux environnements, tes moments d’hyperactivité, tes tremblements lors des grands vents, tes aboiements incessants en mon absence … si c’était à refaire, avec ce que je sais aujourd’hui, saches que je ferais les choses autrement…»

C’est un grand pas que de comprendre la source de l’anxiété, mais c’est un long périple que de pouvoir améliorer le bien-être du chien anxieux. Bipèdes, à vous de jouer !

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