La maison de la mémoire est au centre-ville

 Lise Dallaire 

Avant l’écriture, il y eut la parole. Autour du feu, on racontait des histoires ; on les transmettait selon son souvenir. À chaque transfert, elles se modifiaient plus ou moins. Un jour, est venue l’écriture… et le précieux livre.

La maison de la mémoire

Une bibliothèque c’est la maison de la mémoire disaient les Sumériens. Les Égyptiens disaient plutôt que c’était le lieu des soins de l’âme. Quant aux Tibétains, ils la qualifiaient d’océan de joyaux. (réf : Agard John. Je m’appelle le livre).

De tous les temps sans doute, chaque bibliothèque a eu un vécu, une ambiance feutrée, un parfum (on met le nez dans un livre), un son (un sourd l’entend).

Les bibliothèques sont nées avec l’écriture ; elles ont grandi avec elle. Jusqu’au 19e siècle, elles étaient réservées aux maisons royales ou autres semblables.

Où doit se situer une bibliothèque ?

Partout !

Qu’il s’agisse de l’humble banc dans lequel on glisse quelques livres pour le passant et/ou le clochard, de la bibliothèque d’une classe de petits, de celle d’une université ou d’une bibliothèque municipale où les anciens viennent lire le journal et se réchauffer, toutes les bibliothèques ont leur place et leur importance.

Une bibliothèque centrale vit dans un centre-ville parce qu’il s’agit là du cœur de la ville ; quand le centre-ville flanche, la ville faiblit en conséquence.

On peut réparer notre bibliothèque, la modifier, l’agrandir, changer sa présentation, ses murs, son plafond, son plancher ses panneaux indicateurs, l’acoustique d’une salle de contes ou celle d’une salle de projection mais toujours sans perdre de vue que les citoyens, les usagers (et les livres) ont leurs petites habitudes.

Déménager une bibliothèque « temporairement » semble une hérésie… et un risque (c’est combien de dodos « temporairement » ?)

Et ne serait-ce pas transformer avec son âme de bibliothèque centrale, un lieu de recherche, un pan de son histoire et « un océan de joyaux » ?

Atout non négligeable à un va-et-vient constant

La Bibliothèque Adélard Berger porte le nom de l’élu du centre-ville qui a jadis « pioché » pour obtenir sa construction au centre-ville. L’en retirer, serait lui retirer sa fierté, ainsi que le précieux va-et-vient permanent aussi nécessaire à la santé de la ville entière qu’à celui de l’excellent café-théâtre qui l’accompagne tout autant qu’à celui des bureaux, des bars et des restaurants du centre-ville.

Quand un centre-ville s’étiole, la ville entière perd beaucoup de lustre.

Lire c’est tout sauf un passe-temps éphémère.

J’ai vécu sur « la grand’rue », en haut de deux librairies. Il n’y en a plus une seule. Il n’y en a plus dans « les vieux quartiers », ni dans Iberville.

L’omniprésence de l’électronique n’explique pas tout.

Sœur Colombe, une très vieille et minuscule grande dame, a été longtemps à elle seule, une bibliothèque ambulante, à ses frais, comme ça par conviction. Elle a quitté trop tôt …à 90 ans !

La population vieillit ; de plus en plus de personnes doivent limiter leurs déplacements et même faire livrer leurs aliments ! Ne peut-on rêver de multiples « bars à livres » pour nos citoyens qui ont du mal à se déplacer mais ont toujours besoin de se renseigner, de « faire partie du monde des vivants » et de renouer avec le délicieux monde de la lecture ?

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