La dominance, chose du passé

Votre chien, est-il brun ou blanc ? Grand ou petit ? Timide ou extraverti ? Le croyez-vous « soumis ou dominant » ? Ici, nous tenterons d’éclaircir les concepts de soumission et de dominance afin de les attribuer à leur contexte réel.

Tout d’abord, l’hypothèse de la dominance et de montrer au chien qui est le « boss », date un peu. L’auteur même de la théorie, L. David Mech, l’a réfutée en 2001, puis a fait une vidéo publiée en 2008, que vous trouverez sur youtube. Si le scientifique qui est à l’origine de l’hypothèse l’infirme face à de nouvelles évidences, nous croyons que cela vaut le coup d’œil.

Malheureusement, cette théorie avait déjà révolutionnée le monde canin et surtout celui de l’entraînement. Après tout, c’est vrai que si le chien ressemble au loup, il doit fonctionner de la même façon, non ? Selon le vétérinaire Ian Dunbar, le chien est l’une des espèces dont l’humain abuse le plus au monde. Pourquoi ? Parce que nous avons une vision biaisée de son modèle de hiérarchie sociale qui est fort plus complexe que ce que l’on peut imaginer. Le chien est un être social. Il nécessite le contact avec l’humain pour sa survie, ce qui le pousse à toujours revenir vers nous, humains, malgré la maltraitance possible.

Il saute sur nous ? « Pincez-lui la patte, donnez un coup de genou dans son poitrail, pilez sur sa patte arrière », diront certains. Mais avons-nous seulement pensé à lui apprendre ce que nous voudrions qu’il fasse plutôt que de le punir ? Avons-nous pensé regarder le point de vue du chien par rapport aux méthodes d’éducation utilisées ? Nous tolérons un comportement un jour, mais lorsque le chien grandit, le comportement nous déplaît.

La dominance, de point de vue éthologique (science du comportement animal) correspond en fait à un conflit de motivation, en lien avec une situation donnée. Ainsi, la dominance pousse l’individu à agir afin d’obtenir une ressource plus rapidement que l’autre individu qu’il a devant lui.

Les chiens entre eux peuvent avoir des conflits de motivation dans différents contextes : dans le coin gauche, il y a Chien A qui est bien gourmand et apprécie les moments de gâteries dans la journée plus que tout. Dans le coin droit, il y a chien B, qui lève souvent le nez sur sa nourriture et choisit ses gâteries avec une fine gueule. Au milieu de la pièce, il y a un os bien charnu. Les deux chiens s’en approchent tranquillement. Chien A, voyant Chien B approcher fige et grogne en montrant les dents. Chien B, n’ayant pas un réel intérêt pour l’os, choisi de rebrousser chemin et de retourner dans son coin, en laissant l’os au Chien A. Nous pouvons donc dire que Chien A a dominé dans le conflit, en remportant le droit à l’os. Cependant, si nous faisons jeûner Chien B pendant 5 jours, et que nous remettons les deux chiens dans la même situation. Chien B ne se laisserait sûrement pas imposer le retrait comme la fois précédente. Chien B aurait beaucoup plus de motivation à obtenir l’os qu’au départ, puisque ce serait plus de l’ordre de la survie, que du plaisir comme le Chien A. Dans cette situation, Chien B aura été dominant.

Avec cet exemple, vous pouvez voir que le principe « d’être » dominant ne peut pas être généralisé sur la personnalité du chien, mais bien qu’il doit être appliqué à une situation en particulier. Au même titre que, dans une compétition de nage, le Nageur 1 peut dominer le Nageur 2 sur la première course, mais pas nécessairement sur la deuxième.

Entre individus de la même espèce, les chiens apprennent d’abord à vivre entre eux et à respecter la hiérarchie familiale selon les limites imposées par la mère. En vieillissant, ils doivent adapter ces apprentissages pour la vie en communauté de chiens. Lorsque surgit un conflit de motivation pour l’obtention d’une ressource, le chien manifeste un comportement qui lui permet « d’argumenter » avec l’autre chien afin d’éviter la bataille mortelle. On verra des chiens grogner, d’autres japper avec colère, certains fuir simplement. Ces comportements, appelés agonistiques, sont manifestés pour gérer le potentiel conflit en lien avec l’obtention d’une ressource. La ressource peut être de différente nature (alimentaire, partenaire de reproduction, territoire, etc.).

Afin de vivre en communauté, un cadre et des normes doivent être en place, ce qui permet de savoir ce qui accepté ou non. Ce système, dont nous commençons l’apprentissage dès notre plus jeune âge grâce à nos parents, se met en place naturellement. Nous savons qu’il n’est pas « accepté » de crier en public ou de rencontrer quelqu’un pour la première fois en lui sautant dans les bras. Nous savons que certaines personnes ont plus d’autorité que d’autres dans certains contextes, comme le métier d’enseignant, de policier, d’avocat, de gérant ou les postes de direction. Nous apprenons aussi à argumenter, lorsque le contexte le permet, sans en arriver à une bataille pour ainsi faire des compromis et éviter les conflits. Le même principe s’applique entre les humains et les chiens. Nous soumettons aux chiens un système de règles très complexes qui leur permet de vivre parmi les humains.

Ainsi, ils apprennent très tôt qu’il est préférable de suivre ces règles afin d’avoir une relation harmonieuse avec leurs nouveaux parents. L’humain est là pour les guider dans leurs apprentissages et les encourager dans la bonne direction. Par exemple, ce n’est pas mal propre pour le chien d’uriner dans la maison, nous en avons la preuve avec les tapis d’entraînement du style pipi-pads. Cependant, ce l’est pour l’humain, et donc nous lui apprenons à faire ses besoins à l’extérieur pour qu’il soit « propre ». Le marquage ou la malpropreté ont beaucoup plus à voir avec l’apprentissage ou la territorialité qu’avec le principe de dominance ou de soumission.

Au final, il faut simplement retenir que le concept du chien « dominant ou soumis » ne peut définir la personnalité ou le tempérament de votre chien. Il explique les conflits de motivation, mais ne vient en aucun cas expliquer votre relation avec votre compagnon, ou encore sa relation avec les autres individus de son espèce. Gardez en tête que si votre chien urine à l’intérieur de la salle-à-manger, ce n’est pas parce qu’il tente de démontrer sa dominance à la patte de la table ou encore qu’il vous est soumis. Votre chien a peut-être simplement mal compris vos explications concernant les normes à respecter dans la maison…

 

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