Quand le temps s’accroche les pieds

10 h 30. Je marche mon Vieux-Saint-Jean. Je fais du lèche-vitrines, histoire de me changer les idées. J’admire les souliers de mon magasin de chaussures préféré, contemple les nouveautés. Mais j’ai le cerveau qui me fait défaut. C’est qu’il s’affaire à d’autres affaires.

10 h 35. Je m’arrête et dévisage mon cellulaire. Car il demeure silencieux. Nous nous regardons. Je soupire. Mais pas lui. Je lui jette un regard noir. Il reste indifférent. Je le menace. Ou je le supplie ? Ça ne l’intimide pas. Muet, il reste de marbre. Et puis je le range dans un des trous de mon imperméable. C’est une de ces journées où j’entends les heures passer. Une de ces journées où les tic-tac de l’horloge sont très bruyants. Parce que j’attends.

10 h 45. Encore, je soupire. Au son de l’église qui carillonne, je monte la rue St-Jacques. Mais mon cellulaire, lui, ne chante pas.

Je m’efforce de ne pas attendre. D’être au présent.

Malgré tout, le temps se fait pesant. À l’extérieur, à l’intérieur. Parce que l’avenir est en suspens. Beau temps ou mauvais temps ? Qui sait ce que réserve le jour ?

11 h 10. Dehors, le temps s’est branché. La pluie et les orages ont gagné. Alors je cours vers l’endroit le plus près pour me mettre à l’abri.

11 h 15. Quoi de mieux que les bras de Dieu pour m’accueillir en cette journée d’intempéries ? Assise sur un banc d’église, je fais comme le troupeau, je prie. En attendant que le mauvais temps passe. Je n’ai pas l’habitude des églises. Car ce n’est ni de mon temps ni de ma culture. Mais voilà que j’assiste à une messe dominicale. Par hasard ? Peu importe. Prière ou pas, le manque se fait présent. Mais je ne fais pas exception. Ici, tout le monde attend quelque chose : une guérison ; une retrouvaille ; une réconciliation ; l’amour ; de l’argent ; un travail ; la paix du cœur, de l’esprit et du monde… Bref, un miracle !

Tout le monde attend un changement. Intérieur ou extérieur.

Aujourd’hui, c’est dimanche. Assise sur un banc d’église, le temps me paraît long et lourd. Le temps n’est pas à mon goût. Mais ainsi entourée, mon ciel est plus clair. Je ne sais pas si ce sont les murs tapissés de compassion, la parole de Dieu ou l’esprit de solidarité qui unit les gens, mais on dirait que l’instant devient soudainement apaisant.

Qui aurait cru qu’un banc de bois pouvait être si douillet ?

11 h 05. La messe est terminée. Le beau temps est revenu. À l’extérieur, à l’intérieur. Mon cellulaire n’a pas sonné, mais j’ai tout de même reçu un appel. Celui d’être dans l’amour. Même au beau milieu d’une averse.

C’est le miracle que j’ai reçu.

Je vous souhaite le même.

Facebook Comments

Post a comment