Minorité visible

Bientôt, j’irai à Haïti. Bientôt, je serai minorité visible. Expérience complètement nouvelle pour moi.

Ne confondez pas cette réflexion avec du racisme. Ce n’en est point. Je dirais plutôt qu’en terre inconnue, la peur du jugement se pointe le bout du nez.

Je n’ai jamais eu à mettre un x dans la case « minorité visible ». J’habite au Québec et je suis caucasienne. J’ai principalement voyagé dans des endroits habités par des Caucasiens. Je ne sais pas ce que c’est que d’être « minorité visible ».

Par contre, je sais ce que c’est que d’être une « femme ». Je connais les regards déplacés et méprisants. Puis j’ai souvent eu à avouer ma féminité en crochant un minuscule carré. J’ai toujours trouvé l’exercice déplorable. Mais lorsque l’on postule pour un emploi, c’est le genre de question qui apparaît dans le formulaire d’embauche. Comme si l’entreprise devait respecter un nombre précis de femmes à engager, un nombre exact de minorités visibles à qui donner un siège au sein de la compagnie.

Pourquoi ? Pour avoir bonne conscience ?

Même si l’on progresse, cet exercice prouve encore qu’il y a du chemin à faire.

Je rêve d’un monde où tout ceci sera aussi banal que la couleur des yeux d’un individu. Du jour où l’on ne remarquera ni le sexe ni l’origine des gens. Et lorsque ce jour sera arrivé, on se saluera dans la rue, sans crainte et sans mépris. La différence sera qualité et non handicap. Tout le monde sur le même piédestal. Tous reconnus. Lorsque tous les êtres humains sauront leur valeur, ils n’auront plus soif de supériorité dans le but d’atténuer leur propre sentiment d’infériorité.

Au fond, nous sommes tous des minorités visibles. Tout dépend de l’endroit où l’on se trouve. Vérité incontournable.

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