Marinas locales : la hausse de 10 % sur les embarcations US inquiète

En réponse à l’annonce du gouvernement Trudeau d’imposer des contre-mesures envers les embarcations de plaisance en provenance des États-Unis, plusieurs acteurs de l’industrie nautique et récréative d’ici s’inquiètent. La hausse de 10% des tarifs douaniers sur celles-ci risque de faire très mal à l’industrie puisqu’elle cible directement de nombreuses catégories d’embarcations de plaisance.

Ainsi, la liste des embarcations touchées par cette mesure se détaille comme suit : bateaux gonflables, bateaux à voile, même avec moteur auxiliaire, bateaux à moteur, autres qu’à moteur hors-bord, et bateaux à moteur hors-bord, autres bateaux et embarcations de plaisance ou de sport.

Rappel des faits : l’industrie nautique canadienne, qui représente 10 G$ en valeur et emploie directement près de 75 000 personnes, se retrouve affectée par une hausse de 10 % des tarifs douaniers sur l’importation d’embarcations de plaisance. Près de 65 % du total des bateaux vendus au Canada sont fabriqués au États-Unis. L’entrée en vigueur des tarifs canadiens est prévue pour le 1er juillet.

Envisager l’été, du bout du quai

« Ça va faire très mal à beaucoup de joueurs, révèle Charles Saint-Hilaire, propriétaire d’Epik Nautik, entreprise située à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix. Déjà, au cours des dernières années, plusieurs entreprises ont fermé leurs portes ».

Dans le contexte actuel, M. Saint-Hilaire voit mal comment le secteur canadien pourrait prospérer ou même garder la tête hors de l’eau. « Depuis cinq ans, en raison du taux de change, la valeur d’un bateau neuf de 100 000 $ est passée à 130 000 $. Maintenant, avec cette hausse de 10 %, on parle de 114 000 $. Je vois mal comment il serait possible de convaincre le consommateur ».

En fait, le consommateur connaît quelques trucs pour contourner cette réalité et sauver des dollars. Chantal Arrelle, vice-présidente, Marina Lennox, à ce sujet : « Les consommateurs se rendent de l’autre côté de la frontière pour y acheter leurs pièces ou équipements, ou encore, les commandent via des sites internet, qui livrent à leur porte, ici au Canada, souvent sans payer de taxes ».

En 2016, l’émission Enquête avait révélé comment certains plaisanciers du lac Champlain bénéficiaient d’une interprétation unique de la loi canadienne, qui permet à des gens fortunés de naviguer sur le lac Champlain à bord de bateaux luxueux sans jamais payer les taxes de vente ou les droits de douane sur leurs bateaux.

M. Saint-Hilaire : « Le reportage télévisuel avait démontré que plusieurs stratagèmes existaient déjà pour éviter de payer les taxes. Il y avait déjà un gros problème, et là, Justin Trudeau vient en ajouter un autre ».

Pour Mme Arrelle, la situation est claire : « Le gouvernement Trudeau croit faire mal à l’industrie américaine, mais en réalité, c’est à nous qu’il fait mal ».

Dans les faits, des ventes locales en baisse risquent de se traduire aussi par des coupes d’heures ou des suppressions d’emploi. « On emploie plusieurs personnes d’ici, dont des mécaniciens. À Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, à part l’industrie nautique, il n’y que très peu d’autres perspectives d’emploi », constate M. Saint-Hilaire.

À noter : les acteurs de l’industrie nautique et les plaisanciers ont jusqu’au 15 juin pour manifester leur désapprobation envers cette mesure en interpellant leurs députés fédéraux.

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