L’oubli

La faculté de l’oubli est une bénédiction pour l’être humain. Avec la belle fin de semaine passée, j’ai oublié un peu la canicule qui s’est abatée sur nous la semaine d’avant et j’appréciais le beau temps et la belle brise qui faisait danser les arbres.

La température influence notre santé physique et notre moral. Je vous souhaite un temps de vacances merveilleux et au plaisir de vous retrouver bientôt.

Revenons à l’oubli. La mémoire est constituée de souvenirs accumulés au cours de l’existence. Elle n’est pas seulement comme un magnétophone qui enregistrerait les souvenirs au fur et à mesure des événements : elle est une faculté active qui structure l’information. Fonction de remémoration, elle est aussi la faculté d’oublier, d’effacer des souvenirs dont l’expérience prouve cependant qu’on peut toujours les retrouver. L’oubli est d’abord rapide, puis il continue à croître d’une façon plus lente. Au bout d’un temps très long, il subsiste encore quelque chose du souvenir, quelque chose de vague et de sommaire. Nous nous plaignons tous de notre mémoire. Plus exactement, nous déplorons ses capacités de stockage et de rappel limitées. Mais qui se plaint de ses facultés d’oubli insuffisantes ? Personne. Et pourtant ! Nous devrions rendre grâce à notre aptitude à oublier. Car une bonne mémoire doit certes nous permettre de retenir durablement l’essentiel de nos savoirs et de nos expériences. Mais elle doit aussi, et c’est primordial, être capable d’effacer l’accessoire, l’inutile, l’encombrant.

« Il est capital que le cerveau oublie les détails sans importance pour se focaliser sur ce qui compte vraiment, dans nos prises de décisions quotidiennes », résume Blake Richards.

L’oubli nous aide donc à prendre de bonnes décisions. Et ce, de deux façons. D’une part, il nous débarrasse des informations parasites qui entravent notre adaptation aux situations nouvelles. « Si vous essayez de naviguer dans le monde et que votre cerveau est noyé sous de multiples souvenirs qui se télescopent, vous ne pouvez pas prendre de décisions éclairées »

L’oubli doit être revalorisé. Dans ses Considérations inactuelles , Nietzsche met en évidence la tension entre l’oubli passif et l’oubli actif. Si la mémoire est bien nécessaire, tant à l’échelle de l’individu que de la communauté, pour se rapporter au présent et se projeter dans l’avenir, l’oubli est son indispensable corollaire en vue de la sélection des éléments qui servent la vie.

L’oubli n’équivaut pas à une perte. Pour Nietzsche, c’est au contraire la mémorisation qui pose problème. Elle constitue en effet une forme de falsification du réel dans la mesure où elle en filtre les données et où elle gomme la différence entre le passé et le présent afin de faciliter leur identification. Cette perspective condamne la mémoire comme une activité qui appauvrit le vécu dans le but de le rendre plus stable – elle légitime ainsi l’oubli. Or, celui-ci est déjà une propriété de l’organisme : l’individu oublie spontanément les éléments dont la connaissance n’est pas pertinente pour l’action. L’oubli détermine donc le cadre et les modalités de l’existence ; il conditionne la mise en forme du monde. « Peut-être l’homme ne peut-il rien oublier, suppose Nietzsche. L’opération de la vision et de la connaissance est beaucoup trop compliquée pour qu’il soit possible de l’effacer à nouveau complètement ; autrement dit, toutes les formes qui ont été produites une fois par le cerveau et le système nerveux se répètent désormais à chaque fois […] » . Ainsi, rien ne se créerait ni ne se perdrait dans l’esprit, tout s’y transformerait ; l’oubli consisterait en fait en l’enfouissement d’un souvenir, et non pas en son effacement total.

Tout pour vous dire que j’apprécie une mémoire sélective qui efface les mauvais souvenirs et garde les bons moments. Et parfois, c’est salutaire d’oublier certains événements.

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