Les vieux vieillissent-ils trop longtemps ?

« Demeure au repos, reste comme tout ce qui t’environne, jouis doucement comme tout ce qui t’environne, laisse aller les heures, les journées, les années, comme tout ce qui t’environne, et passe comme tout ce qui t’environne. » Diderot

Grâce au succès de la médecine, l’espérance de vie a presque doublé en 100 ans. Quelle sera la situation dans 25 ans ?

Ranimer et traiter un vieillard mourant, c’est souvent l’empêcher de mourir sans vraiment lui donner la vie. S’il revient à la vie, il revient à quoi ? « à quelqu’un qui fouille dans sa couche, qui se fait brusquer, qui n’a plus son petit chien ».  Passé, dit Jacques Potvin psycho gériatre*, le temps de se concentrer sur la maladie, il est plus que temps de se concentrer sur le bien-être et le confort du malade.

Il rapporte qu’en octobre 2006, sur 45 500 personnes admises en CHSLD, les 2/3 avaient des maladies dégénératives cérébrales, des candidats à l’acharnement ; on ne leur permet pas de mourir. Pourquoi ? À cause de la pression de la société mais surtout celle de de la famille…

…c’est le temps de la médecine de confort

Pour prolonger les jours de personnes « qui n’ont plus de vie », on persiste à multiplier des tests et services qui coûtent cher, les épuisent, contribuent de moins en moins à leur bien-être et alourdissent terriblement les soins de santé au détriment d’autres services.

…on a du mal à recruter du
personnel

Pendant qu’on tente des miracles pour maintenir en vie des personnes « qui n’ont plus de vie, ni espérance d’en avoir », l’épuisement des soignants augmente au même rythme que celui des « pauv’ vieux ». Il y a peu de temps, ils aimaient leur travail ; ils avaient le temps de chouchouter leurs vieux… qui appréciaient, étaient plus heureux, les considéraient comme des membres de leur famille, s’informaient de leurs enfants… ; sauf que… ils avaient charge d’une personne de 90 ans sur 5 ; désormais, c’est une sur 4. Essayez, vous verrez la différence !

« Ne serait-il pas temps d’admettre que c’est le temps de la médecine de confort, de la compassion pour la famille et de la compréhension des difficultés de l’équipe soignante » (Dr Potvin*).

Et justement…

David Goodall, scientifique australien de 104 ans, vient de réunir la presse : jugeant sa qualité de vie grandement détériorée, il partait en Suisse pour y être autorisé à se donner la mort. Il a entonné l’Hymne à la joie pour les journalistes.

Si on commençait par cesser de ranimer « les vieillards qui n’ont plus de vie… »

*Le Dr Jacques Potvin a -entre autres – fondé les sociétés de psychogériatrie et de gériatrie du Québec.

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