De quoi parlons-nous lorsque nous parlons d’itinérance ? (partie 1)

Lors de la séance du conseil municipal du 26 mars dernier, la conseillère du centre-ville, Mélanie Dufresne a plaidé que la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu doit se pencher sur le problème de la pauvreté et sur celui de l’itinérance.

Pour traiter avec efficacité du problème de l’itinérance, il faut d’abord s’entendre sur la définition de l’itinérance. Une définition générique confère à tous les niveaux gouvernementaux et à tous les groupes communautaires un cadre dans lequel ils pourront comprendre et décrire l’itinérance, et les moyens pour identifier leurs objectifs, leurs stratégies et leurs interventions, ainsi que de mesurer les résultats et les progrès.

Bien qu’en général tout le monde s’entende sur le fait que les gens qui vivent dehors ou dans des refuges d’urgence sont en réalité des « sans-abri », une fois que l’on s’avance au-delà de ce groupe, les définitions deviennent discutables. Une personne est-elle sans abri si elle quitte son foyer provisoirement (ou si on le lui demande), pour y retourner quelques jours ou semaines plus tard ? Et que dire de ces « couch surfers » (personnes qui passent d’un sofa à l’autre) qui s’en remettent à leurs réseaux personnels, tels que leurs amis et leur famille, pour trouver un logement provisoire en temps de crise ? L’itinérance s’adresse-t-elle seulement à ceux qui sont sans abri de façon chronique, ceux qui ont élu domicile dans la rue depuis des années ? Toutes ces questions sont importantes.

Pourquoi est-ce donc important de définir l’itinérance ? On peut certainement établir que pour faire face à n’importe quel problème complexe, il faut d’abord posséder une parfaite compréhension de la nature et de l’étendue de ce problème. Après tout, on ne peut pas mesurer la portée d’un problème sans d’abord savoir qui est affecté et qui ne l’est pas.

Donc, la définition doit être inclusive, exhaustive, concrète, claire, pratique et utilisable.

L’Observatoire canadien sur l’itinérance (OCI) a rassemblé un groupe de travail étant composé de leaders des domaines de la recherche, des politiques et des pratiques afin d’élaborer, de perfectionner et mettre à l’épreuve une nouvelle définition. Les travaux de ce groupe ont abouti à ce qui s’appelle aujourd’hui « La Définition canadienne de l’itinérance ».1

Le groupe a donc conclu que l’itinérance décrit une variété de situations d’hébergement et de refuges, allant d’individus sans abri à une extrême, aux personnes logées de façon non sûre à l’autre extrême. Ceci dit, l’itinérance englobe une gamme de situations de vie physique qui est organisée dans une typologie comprenant :

1) les personnes sans abri, ou les personnes absolument sans abri qui vivent dans la rue ou dans des lieux qui ne sont pas conçus pour le logement des êtres humains ;

2) les personnes utilisant les refuges d’urgence, y compris celles qui restent dans les refuges d’urgence de nuit pour les sans-abri, ainsi que les refuges pour les personnes affectées par la violence familiale ;

3) les personnes logées provisoirement, signifiant les personnes dont l’hébergement est temporaire et qui ne possèdent pas le droit au maintien dans les lieux, et enfin ;

4) les personnes à risque d’itinérance, soit des personnes qui ne sont pas sans abri, mais dont la situation économique et/ou de logement courante est précaire ou ne satisfait pas aux normes publiques de santé et de sécurité.

Notons que pour bon nombre de personnes, l’itinérance n’est pas un état statique, mais plutôt une expérience fluide dans laquelle les circonstances et options de logement peuvent varier et changer de façon dramatique et fréquemment.

Le tableau ci-contre résume les quatre situations de vie constituant la gamme de l’itinérance. Mes prochaines chroniques élaboreront successivement sur elles.

Le problème de l’itinérance et de l’exclusion liée au logement est le résultat de la rupture de notre contrat social ; le manquement de la société à assurer que des systèmes, un financement et des soutiens adéquats sont en place de telle sorte que tous les individus, même dans des situations de crise, aient accès au logement et au soutien dont ils ont besoin. L’objectif de l’élimination de l’itinérance est d’assurer la stabilité du logement pour que les gens puissent avoir une adresse fixe et un logement adéquat (abordable, sûr, entretenu adéquatement, accessible et d’une taille convenable) et avoir accès à un revenu, aux services et soutiens nécessaires à leur bien-être, et de réduire les risques qu’ils retombent dans l’itinérance. Cela signifie qu’il faut se concentrer à la fois sur la prévention et les sorties durables de l’itinérance.

1 Source : http ://www.homelesshub.ca/sites/default/files/COHhomelessdefinitionFR.pdf.

Myroslaw Smereka
Ex-maire de Saint-Jean-sur-Richelieu

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