« En Chine, avec une bonne idée, on peut espérer un succès phénoménal » – Robert Aspell

Johannais à la tête d’une multinationale en Chine, Robert Aspell a aussi développé d’autres territoires à l’échelle mondiale pour le compte de Cargill Investments. Entrevue avec un homme du monde, et ce, dans tous les sens du terme…

M. Aspell, parlez-nous de votre parcours professionnel…

Je me suis joint à Cargill en 1983, après avoir obtenu mon baccalauréat de l’université Concordia en administration. J’ai fait mes débuts comme trader en m’occupant des marchés céréaliers de l’est du Canada depuis les bureaux de Montréal et de Saint-Jean-sur-Richelieu, avant d’être transféré à Winnipeg pour gérer les marchés au niveau national. En 1989, on m’a offert un poste à Genève, d’où Cargill gère ses opérations mondiales. Un vrai privilège à 29 ans. Puis, en 1993, on m’a proposé d’ouvrir de nouveaux marchés au Caire, en Égypte. L’idée de quitter Genève, une ville francophone qui m’offrait de pratiquer mes sports favoris comme le ski, le hockey et le vélo, n’a pas été facile, mais j’étais séduit par l’opportunité de développer un marché à partir de zéro. J’ai passé huit mois installé dans ma chambre d’hôtel au Caire avant de me trouver un appartement… Cargill Égypte est né, et j’y ai passé quatre ans.

Un vrai globe-trotter !

Ce n’est pas tout ! On m’a alors offert de récidiver au Mexique, qui venait de signer l’ALENA et qui représentait de très bonnes opportunités. En tant que président de Cargill Mexico, j’ai vécu une très belle aventure. En sept ans, on a investi dans le port de Vera Cruz, construit des usines de transformation de soja et de maïs près de Mexico, acheté plusieurs élévateurs à grain, développé quelques usines (meuneries) pour le secteur fourrager et fondéune société avec la plus grande coopérative mexicaine d’exportation de blé dur. Finalement, en 2005, voyant ce que la Chine allait devenir, Cargill m’a demandé d’y établir une présence dans ce qui est maintenant le plus grand marché agro-alimentaire au monde. C’était il y a 12 ans, et cela a changé ma vie.

L’exil volontaire et le choc des cultures sont faciles à vivre ?

J’ai connu des chocs culturels, et je me rappelle des situations très difficiles, et d’autres assez drôles. Mais, dans l’ensemble, il y a plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous divisent. Je me considère toujours très fortuné de vivre comme étranger dans des pays fantastiques. Si l’on prône le respect d’autrui, on reçoit tellement que les  différences s’effacent. De plus, avec la technologie moderne, on se sent moins dépaysé.

Êtes-vous entouré d’autres québécois ?

Quelques-uns, mais je dois admettre qu’en général on ne retrouve pas beaucoup de québécois. Mais, j’en retrouve quelques-uns de façon hebdomadaire lors de nos matches de hockey dans la ligue de Shanghai !

QUAND INVESTIR SIGNIFIE S’INVESTIR

Dans les grandes lignes, quels sont les champs d’activités de la firme ?

Cargill fournit des produits et services agroalimentaires, industriels et financiers. En Chine, la société compte plus de 40 usines et plus de 11 000 employés. Les ventes sont réalisées en grande majorité dans le marché domestique, et on importe aussi des produits canadiens, notamment du canola, du soja et du bœuf. 

Quels secteurs semblent particulièrement propices à l’investissement étranger ?

Actuellement, la Chine prône l’innovation et la valeur ajoutée. Le temps de produire à bas prix est révolu. La Chine évolue. Je crois que le Québec a de grandes opportunités dans certains secteurs : alimentation, énergie renouvelable, technologie de transport de haute pointe, etc. On a aussi créé l’équivalent d’un Silicon Valley dans la banlieue de Pékin, et là, l’activité de haute technologie est frénétique. Bref, les investisseurs étrangers qui peuvent créer de la valeur agrégée à la production et à l’économie chinoise sont les bienvenus et seront supportés.

La Chine étant actuellement le cœur de l’économie globale, on y retrouve des représentants de tous les pays industrialisés du monde. Comment les Chinois perçoivent-ils les investisseurs étrangers ?

La Chine a été dans le passé très ouverte à l’investissement étranger, et continue de l’être comme en fait foi les 100 G $ étrangers investis cette année. Évidemment le marché chinois est complexe et très compétitif. Pour avoir du succès, les entreprises étrangères doivent rester fidèles à leurs compétences, demeurer humbles et y intégrer un peu d’ADN local. Ici, les choses bougent beaucoup plus vite qu’ailleurs.

POINTS FORTS, POINTS FAIBLES

Les trois points forts de la Chine actuelle, selon vous ?

Le gouvernement, qui est une très grande force. Au cours des trois dernières décennies, il a sorti plusieurs centaines de million de personnes de la pauvreté pour créer la classe moyenne. L’éducation, que les Chinois priorisent. Les familles investissent beaucoup pour que leurs enfants aient accès à une éducation adéquate. La compétition pour les meilleures écoles commence à la maternelle. La dimension du marché. Ici, tout est plus grand, plus gros et plus rapide. Avec une bonne idée et des moyens, on peut espérer un succès phénoménal.

Et les trois points faibles…

La situation démographique sera un défi en chemin pour 2050. La Chine a une population vieillissante et cela pourra avoir un effet négatif sur l’économie. L’environnement, sur lequel le miracle économique a laissé des traces. Par contre, je suis optimiste, l’énergie renouvelable étant au cœur des priorités. Finalement, je dirais les ressources naturelles qui, lorsque mesurées par capita, sont basses. 

Quel(s) conseil(s) pouvez-vous donner aux entreprises johannaises qui songent à investir ou exporter en sol chinois ?

Il faut bien s’y investir. Bien étudier et travailler avec des gens sérieux. De préférence, il faut parler avec des entreprises qui y sont établies avec succès. Si on a une bonne stratégie, un bon produit ou service à offrir et des gens compétents pour nous aider, on peut vraiment avoir une expérience très intéressante. Le gouvernement du Québec a aussi récemment ouvert un bureau ici à Shanghai qui aide les investisseurs québécois.

Passerez-vous la période des Fêtes en Chine ?

Je suis québécois de souche et Noël, ça se passe au Québec, plus précisément à Saint-Jean-sur-Richelieu, mon chez-moi.

 

Robert Aspell, un Johannais encore et toujours, même occupé à présider Cargill China.

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