Charles Aznavour

Né le 22 mai 1924 à Paris, Charles Aznavour, est décédé ce lundi, 1er octobre à l’âge 94 ans. Ses chansons, mais aussi son engagement pour son pays d’origine, l’Arménie, resteront ancrés dans les mémoires. Ses chansons ont accompagné ma jeunesse et j’aimais bien sa poésie.

Le 5 octobre, le président Emmanuel Macron, à l’occasion de l’hommage national de M. Charles Aznavour aux Invalides Élysée, a récité un discours d’éloge vraiment merveilleux pour cette star internationale. Je ne sais pas qui a rédigé ce discours, mais le texte renferme des phrases très bien ciblées et des tournures qui nous montrent la beauté de la langue française. J’ai choisi pour vous quelques extraits. Lisez-les et savourez ce beau texte.

(…)Charles AZNAVOUR aurait voulu vivre un siècle. Il se l’était promis. Il nous l’avait promis, comme un ultime défi lancé à la vie.

L’âge ne l’avait jamais privé de ce fol appétit de vivre, de créer, de chanter, d’aimer, de rire – mais à quelques encablures du seuil, la mort est venue le cueillir sans bruit. Et nous avons été surpris. Et nous avons été tristes, car nous n’avions pas l’habitude que sa volonté légendaire ne s’accomplisse pas.

Ce vide soudain laisse apparaître une évidence jusque-là obscure : pendant près d’un siècle, c’est lui qui nous aura fait vivre. À nos fragilités secrètes, à nos émotions fugitives, à nos mélancolies et à nos espoirs, il aura tendu ce miroir consolateur qui, pendant tant et tant de décennies, aura rendu notre vie plus douce, nos larmes moins amères, nos joies plus légères.

Ses chansons ne furent jamais ces rengaines d’un été qui amusent et qu’on oublie ; elles furent pour des millions de personnes un baume, un remède, un réconfort. C’est ce compagnon de route qui nous quitte, ce conteur fraternel qui chantait à hauteur d’homme la vérité de nos existences, prenant sa part des peines ordinaires, des deuils du quotidien et du temps qui passe. Ce temps qui passe, il en parlait avec une intensité particulière dont nous sentions qu’elle venait de loin, non pas de la tristesse simplement mais de l’expérience de l’exil. (…)

La source de cet accord intime, de ce lien étroit qu’il sut tisser avec la France, cette source à laquelle sans cesse il s’abreuva et qu’il sut faire vivre, ce fut la langue française. (…)

Cette langue est le viatique que l’école offre à chacun et dont chacun peut saisir les tours et les détours, les nuances et les nervures, les couleurs et les accents.

ll savait, dans sa chair, que la France véritable est celle qui accueille, qui ne se racornit pas dans la peur obsidionale mais continue de vivre dans l’hospitalité et la transmission aux nouveaux venus, dont il n’a jamais oublié qu’il avait fait partie.

Mais ce n’est pas seulement de poésie, de cultures étrangères qu’il est ici question mais bien de ces vertus étrangères familières et différentes qui ont enrichi le patrimoine français au fil des siècles.

Mais auquel je veux rendre ici hommage : à cause de lui, à travers lui, c’est aujourd’hui l’occasion de rappeler ce que nous devons en tant que nation à tous ces Arméniens qui, fuyant leur patrie, sont venus grandir la nôtre, il ne s’agit pas de diversité, non, il s’agit de destins croisés entremêlés et, pour finir, il s’agit de grandeur.

Je suis certain que, pendant longtemps encore, des millions d’hommes et de femmes connaissant la détresse d’aimer, la douleur de la séparation, le doute des aubes incertaines, la joie des commencements, l’espérance d’un lendemain meilleur entendront soudain naître, dans un coin de leur mémoire, la mélodie lointaine et les mots vrais que ce poète incomparable y a gravés pour adoucir le dur métier de vivre. Et dans le cœur de chacun, il poursuivra son chemin marchant en se tenant droit une main dans la poche avec ce demi-sourire que nous lui connaissions.

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